12.02 — LulzSec, le Lulzboat, AntiSec#

Trois sujets distincts : (1) LulzSec en tant que groupe, (2) le Lulzboat en tant que métaphore identitaire, (3) AntiSec en tant que mouvement (deux versions : 1999 et 2011). Le Holy Book les invoque d’un même souffle ; ils ont chacun leur histoire.

1. AntiSec (1999) — le mouvement originel#

Origine#

À la fin des années 1990, l’industrie de la sécurité informatique se professionnalise : des entreprises naissent autour de la vente de firewalls, d’antivirus, d’audits. Une norme émerge : la full disclosure, publier publiquement les vulnérabilités, leurs PoC, leurs exploits, avec comme argument que cela force les éditeurs à patcher rapidement.

Une partie de la communauté underground voit dans cette pratique un business modèle déguisé en éthique. L’argument ici : la full disclosure ne sert pas la sécurité, elle alimente une économie où l’on vend la peur qu’on a soi-même contribué à créer. Les mêmes acteurs qui publient les exploits sont ceux qui vendent les solutions.

Le mouvement Anti Security (antisec) naît contre.
Son principe :

Pas de full disclosure. Pas d’exploits publics. Les bugs restent dans l’underground. Les outils restent privés. Les mailing lists « Bugtraq », « full-disclosure », « vuln-dev », « vendor-sec » sont considérées comme des ennemis.

Cibles déclarées de l’AntiSec movement originel :

  • Sites : SecurityFocus, SecuriTeam, Packet Storm, milw0rm.
  • Mailing lists : full-disclosure, vuln-dev, vendor-sec, Bugtraq.
  • Forums IRC publics où les exploits circulent ouvertement.

Source : Antisec Movement — Wikipedia

Pourquoi ça compte pour Ocarina#

L’AntiSec originel n’a pas gagné. La full disclosure est devenue la norme. CVE, CVSS, NVD, bug bounty programs : tout le marché s’est aligné sur la position opposée.

Mais l’argument structurel, « cette industrie crée le problème qu’elle vend », n’a jamais été réfuté. Il est revenu sous d’autres formes (mouvement anti-vendor lock, anti-SaaS, anti-No-Code). Ocarina hérite de cette ligne : refus des vendors de test (BrowserStack, Sauce Labs, etc.), refus des « solutions plateforme », auditabilité du code en boîte blanche.

Le Holy Book le formalise (chapitre « Anti slipologues ») :

Pendant trop longtemps, l’informatique a été prise en otage par une minorité, un « 1% », qui a cru bon de la transformer en terrain de jeux pour initiés.

Cette « minorité » est, grosso modo, le complexe industriel anti-AntiSec. La full disclosure moderne est son outil. Ocarina est né contre.

2. LulzSec (mai – juin 2011) — 50 jours de chaos#

Origine#

Lulz Security (LulzSec) naît en mai 2011, splinter group d’Anonymous. Six membres principaux :

PseudoIdentitéRôle
SabuHector MonsegurLeader, devenu informateur FBI dès juin 2011 (révélé en 2012)
TopiaryJake DavisSpokesperson, écriture des communiqués
KaylaRyan AckroydExploits techniques
TflowMustafa Al-BassamExploits, dev
AVUnitjamais identifié — 
pwnsauceDarren Martyn — 

50 jours d’attaques touchant les secteurs publics, médiatiques, et de l’entertaining :

  • PBS (mai 2011), fake news « Tupac alive in New Zealand » sur le site Newshour, en représailles d’un documentaire WikiLeaks défavorable de Frontline.
  • Sony Pictures, dump massif de la base utilisateurs, après la débâcle PSN.
  • CIA.gov, DDoS.
  • Fox, leak du X Factor contestant DB.
  • US Senate, site infiltré.
  • InfraGard Atlanta (partenaire FBI), dump des credentials.
  • HBGary Federal (partenaire FBI), dump des credentials, attaque menée sous bannière Anonymous, avant la formation de LulzSec.

Sources : LulzSec — Wikipedia, Operation AntiSec — Wikipedia

Le Manifeste LulzSec (juin 2011)#

À leur 1000ème tweet, LulzSec publie un manifeste :

« We’re not, only because we don’t have to be. (…) We release personal data so that equally evil people can entertain us with what they do with it. »

Nihiliste assumé, esthétisé. Le hack pour le « lulz », pas pour la conviction politique, pas pour la richesse, pour l’amusement et pour exhiber la fragilité du système.

LulzSec a fait ressusciter le terme AntiSec sous une nouvelle bannière : Operation AntiSec (juin 2011), en collaboration avec Anonymous. Cibles : gouvernements, organismes de sécurité, mailing lists vuln-dev.

3. Le Lulzboat#

Le Lulzboat est le bateau pirate stylisé de LulzSec, repris partout :

  • Bannières Twitter.
  • Headers Pastebin : ▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄ TheLulzBoat ▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄▄.
  • Communiqués signés « The Lulz Boat / Lulz Security ».

ASCII art de bateau, Stuart Little / Captain Hook / Nyan Cat.

Antisec, The LulzSec Anthem, YTCracker, 2011

« If you’re sittin’ below deck / In the Lulzboat, salute, bitch, and show some respect »

 — YTCracker, #antisec (22 juin 2011), devenu l’hymne officiel de l’Operation AntiSec.

La phrase est citée telle quelle dans le Holy Book d’Ocarina :

« In the Lulzboat, salute, bitch, and show some respect. »

C’est un mot de passe générationnel.

YTCracker et LulzSec#

YTCracker (Bryce Case Jr.) est extérieur à LulzSec stricto sensu, il n’était pas dans les 6 membres, mais il était associé :

  • Il connaissait personnellement plusieurs membres.
  • Il a écrit #antisec pendant l’opération.
  • Sa chanson a été utilisée par Anonymous / LulzSec dans leurs vidéos de communiqués.

Cf. 03-ytcracker-nerdcore-digital-gangster.md pour le détail concernant YTCracker.

4. La fin (juin 2011 → mars 2012)#

La nuit du 25 au 26 juin 2011, LulzSec publie « 50 days of lulz », leur communiqué de dissolution :

« For the past 50 days we’ve been disrupting and exposing corporations, governments, often the general population itself, and quite possibly everything in between, just because we could. »

Six mois plus tard, en mars 2012, le DoJ américain inculpe cinq des six membres.
Sabu collaborait avec le FBI depuis juin 2011, il a balancé.

Source : LulzSec finally calls it quits — GeekBurn

5. Rhétorique « Don't fuck with us. » → « YOU FUCKED WITH US! »#

Le mantra Don't fuck with us vient de la scène carding/defacement originelle (cf. 05-indonesian-hackers.md, où l’on documente sa présence systématique sur les pages de deface de YogyaCarderLink). LulzSec et Anonymous en héritent : c’est ce qui a structuré l’ensemble de la scène grey hat des années 2000s avant d’être repris par les opérations en 2010-2012.

Temps grammaticalEffet
Don't fuck with us. (futur conditionnel, avertissement)Posture défensive. On ne fait rien tant que vous ne nous attaquez pas.
YOU FUCKED WITH US! (déclaration de représailles)On vous avait prévenu, vous l’avez fait quand même, maintenant assumez.

Le Holy Book d’Ocarina le formule mot pour mot dans la même langue, toute traduction confondue :

YOU FUCKED WITH US!

Tout le passage d’invective (cf. 06-yung-innanet-vxug.md) n’est pas une agression gratuite, c’est une réponse tardive et explosive à des années de pressions. C’est l’adaptation au contexte d’un auteur de frameworks qui s’est fait dicter pendant des années comment il devrait écrire son code.

Ces codes des « deux temps » sont universels dans cette scène. On les retrouve dans :

  • Les defaces de YogyaCarderLink (signature Don't fuck with us. en bas de page).
  • Les pastebins post-HBGary (Anonymous, février 2011).
  • Les communiqués de LulzSec de représailles (Operation Payback — RIAA, MPAA, puis défense de WikiLeaks).
  • Les communiqués Lulz Boat de réponse aux arrestations.

6. Filiation avec Ocarina#

Ocarina ne se présente évidemment pas comme un projet hacker au sens 2011. Il est en MIT, hébergé sur GitHub, ne casse rien. Mais il hérite :

Trait LulzSec / AntiSecTrait Ocarina
Refus de la professionalisation comme valeurRefus du « plugin pytest » et des écosystèmes
Refus de la full disclosure comme businessUne seule dep d’exécution, code auditable
Identité de groupe revendiquée« C’est ma voiture »
Rhétorique directe, sans politesse« Fuck You. Pas compliqué. » (DHH)
Esthétique undergroundIllustrations IA, ton pamphlétaire
Lulz comme tonalitéHumour permanent dans le Holy Book

Ocarina est ce que ces gens font 20 ans plus tard, quand ils écrivent un framework de test pendant la journée. C’est la même éthique, dans un autre médium.